Les secrets de la momification : 70 jours pour faire d’un homme un Osiris
Second article de la série « Les rites funéraires en Égypte ancienne »
La momification est l’un des sujets qui fascinent le plus dans l’Égypte ancienne. Des sarcophages en or de Toutânkhamon aux momies royales du NMEC, des tombes de la Vallée des Rois aux scènes funéraires gravées dans les temples, cet art de préserver les corps pour l’éternité a traversé les millénaires et continue d’intriguer les voyageurs du monde entier. Le Musée de la Momification de Louxor, installé sur la corniche face au Nil, lui est entièrement dédié.

Mais la fascination pour les momies ne date pas d’aujourd’hui. Des récits d’Hérodote aux films d’horreur hollywoodiens, des cabinets de curiosité du XVIIIe siècle aux blockbusters comme La Momie (1999), l’Égypte ancienne et ses morts embaumés n’ont cessé d’alimenter l’imaginaire collectif. Derrière cette fascination populaire se cache une réalité riche et complexe.

Pourquoi tant d’efforts ? Pourquoi l’Egypte ancienne a-t-elle consacré autant de temps et de richesses à conserver les corps de ses morts ?
Dans notre précédent article, nous avons découvert le mythe d’Osiris, ce roi assassiné par son frère Seth, puis ressuscité par sa sœur-épouse Isis. C’est Isis qui, avec l’aide d’Anubis, reconstitue le corps démembré d’Osiris, l’enveloppe de bandelettes et invente ainsi les rites de la momification. Osiris est la première momie, le modèle divin que tous les Égyptiens chercheront à imiter.
Mais cet espoir, il fallait le rendre possible par des actes concrets.
C’est là qu’intervient la momification.
Pendant 70 jours, les embaumeurs s’affairent autour du corps. Ils le purifient, le déshydratent, le rembourrent, le bandent, le parent d’amulettes et de formules magiques. Chaque geste a une portée spirituelle. Car le but n’est pas seulement de conserver de la chair : c’est de faire du défunt un « Osiris », de lui permettre de rejoindre les dieux dans l’au-delà.
Cette pratique, réservée aux pharaons à l’origine, s’est progressivement démocratisée.
Aujourd’hui, les momies royales reposent au Musée National de la Civilisation Égyptienne (NMEC) au Caire, tandis que d’autres, comme celle du Pharaon Ahmôsis Ier (le fondateur de la XVIIIe dynastie) sont exposées au musée de Louxor ou dorment encore dans leurs tombes de la Vallée des Rois, comme le célèbre Toutankhamon.
Table des matières
- Une pratique réservée aux pharaons… puis à tous
- Les composantes de l’être humain dans l’Égypte antique
- Les embaumeurs : une profession sacrée et secrète
- Processus de momification : cerveau, viscères, cœur et vases canopes
- Le natron : sécher pour purifier
- Onction, modelage, bandelettes et amulettes: redonner forme au corps, le protéger
- Les textes funéraires : des guides pour l’au-delà
- La mise au tombeau : l’ultime cérémonie
- Le sarcophage : du pharaon au plus modeste
- Les ouchebtis : des serviteurs pour l’éternité
- Où voir des momies en Égypte ?
- La momification, un art au service de l’éternité
- Pour aller plus loin : livres sur la momification
Une pratique réservée aux pharaons… puis à tous
À l’origine, la momification est un privilège royal. Seul le pharaon, fils des dieux, peut prétendre à l’immortalité complète. C’est une question de légitimité, mais aussi de survie cosmique : si le corps du roi n’est pas préservé, l’ordre du monde lui-même est menacé.
Enterrer le pharaon, légitimer son successeur
La mort du pharaon est un moment crucial pour la stabilité du royaume. Le nouveau roi, son successeur, doit accomplir les rites funéraires de son prédécesseur pour prouver qu’il est son héritier légitime.
En prenant soin du corps défunt, en l’embaumant et en l’ensevelissant avec tous les honneurs, le nouveau pharaon se présente comme l’incarnation d’Horus, le fils d’Osiris, qui a vengé son père et restauré l’ordre. Le défunt devient « Osiris » ; le régnant est « Horus ». La momification scelle cette transmission.

Une démocratisation progressive
Dès l’Ancien Empire (vers 2700-2200 av. J.-C.), les nobles obtiennent le droit à des formules funéraires, mais la momification complète reste rare. Au Moyen Empire (vers 2000-1650 av. J.-C.), les particuliers aisés y accèdent. Les cercueils en bois peints portent désormais des versions des Textes des Sarcophages, adaptées à un public plus large. Au Nouvel Empire (à partir de 1550 av. J.-C.), la momification se généralise. Du riche artisan au prêtre de rang modeste, chacun peut espérer une survie éternelle. La promesse osirienne s’adresse désormais à tous les Égyptiens, pas seulement aux rois.
Trois qualités de momification
Le célèbre historien grec Hérodote, qui a visité l’Égypte au Ve siècle av. J.-C., décrit trois niveaux de momification, correspondant aux moyens financiers du défunt :
- La plus coûteuse : on retire le cerveau, on éviscère le corps, on le lave avec du vin de palme, on le remplit d’aromates, on le couvre de natron pendant 70 jours, puis on l’enveloppe de bandelettes de lin fin.
- La formule moyenne : on injecte une huile de cèdre dans le ventre du défunt pour liquéfier les viscères, sans incision. Le corps est ensuite mis au natron, puis on retire l’huile qui entraîne les organes dissous.
- La formule économique : on lave simplement le corps et on le met au natron pendant 70 jours. Le corps est rendu à la famille sans autre préparation.

Le coût de la momification
Une momification complète et de qualité est une opération coûteuse. Il faut payer les embaumeurs, les prêtres, les fournitures (natron, résines, bandelettes, amulettes). C’est pourquoi seuls les plus riches peuvent bénéficier de la formule complète. Certaines familles économisaient toute leur vie pour offrir à leurs proches une momification digne de ce nom.
Les plus modestes doivent se contenter d’une momification simplifiée, comme le décrit Hérodote, parfois bâclée comme nous l’a démontré l’archéologie. La momification était un investissement pour l’éternité.
Il faut toutefois prendre ces écrits avec circonspection. Hérodote n’était pas un témoin oculaire des opérations d’embaumement, et certains détails qu’il rapporte – comme l’injection d’huile de cèdre – ne sont pas confirmés par l’archéologie ou les textes égyptiens.
L’historien grec a parfois exagéré ou mal interprété ce qu’on lui racontait. Mais sa description reste précieuse car elle est la seule source antique aussi complète sur le sujet. Ces trois niveaux montrent que la momification n’était pas un rituel figé, mais une pratique adaptable, ouverte à tous ceux qui pouvaient en payer le prix.
Devenir un « Osiris » pour tous
Que l’on soit pharaon, noble, prêtre ou simple artisan, le but est le même: devenir un « Osiris ». Les textes funéraires appellent systématiquement le défunt par ce nom. En mourant, chaque Égyptien devient une image du dieu ressuscité.
Mais pour que cette transformation soit complète, il ne suffit pas de préserver le corps. Les Égyptiens concevaient l’être humain comme un ensemble complexe de plusieurs entités, matérielles et immatérielles, qui doivent être réunies pour assurer la survie dans l’au-delà. La momification prépare le corps, mais elle n’est qu’une étape : sans les autres composantes de la personne, le défunt ne peut pas vivre éternellement.
C’est ce qui fait de la momification un acte à la fois technique et spirituel. Avant d’entrer dans l’atelier des embaumeurs, il faut comprendre ce que les Égyptiens entendaient par « personne ».
Les composantes de l’être humain dans l’Égypte antique
Les anciens Égyptiens ne concevaient pas l’être humain comme une simple dualité entre le corps et l’âme. Selon leur vision, chaque individu est composé de plusieurs entités distinctes, matérielles et immatérielles, qui doivent être préservées et réunies pour assurer la survie dans l’au-delà. La momification prépare le corps, mais elle n’est qu’une étape : sans les autres composantes, le défunt ne peut pas vivre éternellement.
Les composantes spirituelles
Le Ka est la force de vie reçue à la naissance, modelée par le dieu Khnoum sur son tour de potier. Le Ka survit après la mort mais a besoin de nourriture. C’est pour lui que l’on déposait des offrandes alimentaires dans les tombes. Il est représenté comme une silhouette identique au défunt, souvent avec le signe hiéroglyphique des bras levés sur la tête.

Le Ba correspond au caractère unique de l’individu, à sa personnalité. Il est représenté comme un oiseau à tête humaine. Après la mort, le Ba peut quitter la tombe la journée pour voler dans le monde des vivants, mais il doit revenir s’unir au corps la nuit pour se régénérer.

L’Akh est l’esprit transfiguré du défunt, l’état suprême atteint lorsque le Ka et le Ba fusionnent grâce aux rituels funéraires et au jugement d’Osiris. L’Akh est immortel, pur et brille parmi les étoiles. Le mot Akh est lié aux notions de « brillance » et de « lumière ».

Les composantes psychologiques et identitaires
L’Ib est le cœur, centre de l’intelligence, de la mémoire et des émotions. Pour les Égyptiens, on pense avec le cœur, pas avec le cerveau. Lors du jugement des morts, c’est l’Ib qui est posé sur la balance face à la plume de Maât.
Le Ren est le nom, une partie essentielle de l’être. Tant qu’il est prononcé ou gravé dans la pierre, la personne continue d’exister. Effacer le nom d’un individu – la damnatio memoriae – équivalait à le condamner à une seconde mort.
Le Sheout est l’ombre, une entité protectrice contenant une partie de la puissance de l’individu. Toujours peinte en noir, elle est indissociable de la personne.

Les composantes physiques
Le Khat est la dépouille mortelle dans son état naturel, vouée à la décomposition. Le terme Khat implique la putréfaction inévitable de la chair après la mort. C’est pour préserver ce corps que les Égyptiens ont développé l’art de la momification.
Le Djet désigne le corps physique préservé, momifié, rendu inaltérable par la momification. Il devient le support stable qui permet aux composantes spirituelles (Ba, Ka, Akh) de continuer à exister.
Le Sah est le corps métamorphosé par les rituels de la momification. Ce n’est plus un simple cadavre : c’est une enveloppe sacrée et incorruptible, capable de s’entretenir avec les dieux. Grâce aux prières et aux rites, le corps se transforme en Sahu, à l’image d’Osiris ressuscité.
Le Sekhem est la force d’action, l’énergie vitale matérialisée, souvent associée aux dieux et aux pharaons. C’est l’étincelle qui permet au défunt d’agir dans le royaume des morts.
Chaque rite funéraire égyptien – comme l’Ouverture de la bouche – avait pour but de purifier, réveiller et réunir ces différentes composantes pour que le défunt ne meure jamais une seconde fois.
Entrons maintenant dans l’atelier des embaumeurs. Suivons les 70 jours du grand œuvre. Et découvrons comment les Égyptiens faisaient d’un homme un Osiris.
Les embaumeurs : une profession sacrée et particulière
La momification n’est pas un travail comme les autres. Les embaumeurs forment une caste à part, à la fois respectée et redoutée. Leur métier est sacré, car ils manipulent le corps du défunt pour le préparer à l’éternité. Mais il est aussi entouré de secrets et de mystères.

Une profession héréditaire
Le métier d’embaumeur se transmet de père en fils, au sein de familles spécialisées. Ces dynasties d’embaumeurs détiennent des savoir-faire jalousement gardés, des recettes de résines et des techniques qui ne sont pas écrites mais transmises oralement. Chaque famille a ses secrets.
Un statut social ambigu
Les embaumeurs occupent une position curieuse dans la société égyptienne. D’un côté, ils sont indispensables : sans eux, pas de momification, pas d’éternité. Leur travail est essentiel au salut du défunt. De l’autre, ils sont souvent considérés avec méfiance, car ils manipulent des corps en décomposition et sont en contact permanent avec la mort. Certains textes les décrivent comme des hommes aux mains impures, qui doivent se purifier après chaque opération.
Des ateliers spécialisés
Les embaumeurs travaillent dans des ateliers spécifiques, les ouabet. Ces ateliers sont souvent situés à proximité des nécropoles, en bordure du désert. Ils comprennent plusieurs pièces : une pour le lavage du corps, une pour l’éviscération, une pour le séchage au natron, et une pour l’habillage des bandelettes. Les ateliers les plus importants sont attachés aux grands temples funéraires, comme ceux de Thèbes ou de Memphis. Ils disposent d’un personnel nombreux : des prêtres-embaumeurs qui récitent les formules, posent les gestes techniques, des scribes qui enregistrent les opérations, et des ouvriers qui préparent les bandelettes et les résines.

Les prêtres-embaumeurs : entre technique et magie
L’embaumeur principal est aussi un prêtre. Il porte le masque d’Anubis, le dieu chacal qui préside à la momification. Ce masque n’est pas un simple déguisement : il transforme le prêtre en une incarnation du dieu, rendant le rituel plus efficace. Pendant les opérations, le prêtre récite des formules magiques. Chaque geste est accompagné d’une incantation qui le transforme en acte sacré. Couper un organe n’est pas un simple geste technique : c’est un rituel qui protège le défunt et prépare son corps à l’éternité.

Les outils des embaumeurs
Les archéologues ont retrouvé des ateliers d’embaumeurs avec leur matériel: couteaux de bronze, spatules, crochets pour le cerveau, aiguilles pour coudre les incisions, tubes pour les huiles, bassins pour le natron. Ces outils sont souvent en bronze ou en cuivre, des métaux considérés comme purs et protecteurs. Au Musée de la Momification de Louxor, vous pouvez voir plusieurs de ces outils, des échantillons des substances utilisées.



Différents outils et matériaux utilisés lors du processus de la momification, exposés dans les vitrine du musée de la momification de Louxor dont (1ère image) des crochets destinés à l’extraction du cerveau.
Processus de momification : cerveau, viscères, cœur et vases canopes
Nous voici dans l’atelier d’embaumement. Le corps du défunt, récemment décédé, est allongé sur une table de pierre. Les embaumeurs s’affairent, sous le regard du prêtre qui porte le masque d’Anubis. Chaque geste est précis, rituel, accompagné de formules magiques.
Le retrait du cerveau
Le premier geste, et sans doute le plus spectaculaire, est le retrait du cerveau. L’embaumeur introduit un long crochet de bronze par une narine, perce l’os ethmoïde et remue délicatement pour liquéfier le cerveau. Le crâne est ensuite incliné pour que le contenu s’écoule par la narine. Dans certains cas, on utilisait une tige de bois pour sonder et retirer des morceaux plus solides.
Pourquoi cette opération ? Les Égyptiens ne considéraient pas le cerveau comme le siège de l’intelligence. C’est le cœur qui, pour eux, abrite la mémoire, les émotions et le jugement. Le cerveau est donc un organe inutile après la mort, voire encombrant pour l’éternité. Une fois vidé, le crâne est parfois rempli de résine ou de lin pour lui rendre son volume. Au Musée de la Momification de Louxor, vous pouvez voir une coupe transversale d’un crâne momifié, qui montre comment la cavité a été remplie après le retrait du cerveau.

L’incision et le retrait des viscères
C’est maintenant au tour des viscères et organes internes.
L’embaumeur pratique une petite ouverture, d’une dizaine de centimètres, sur le flanc gauche de l’abdomen, au niveau du bas-ventre, juste au-dessus de la hanche. Ce côté n’est pas choisi au hasard : dans la pensée égyptienne, la gauche est associée à la mort et au monde souterrain. C’est le « mauvais côté », celui par lequel il est rituellement acceptable d’entrer dans le corps.
À l’aide d’une lame tranchante, l’embaumeur incise la peau et les muscles, puis introduit sa main jusqu’au coude, voire jusqu’à l’épaule, pour retirer un à un les organes internes : le foie, les poumons, l’estomac et les intestins. Ces viscères, qui se décomposent rapidement, ne doivent pas rester dans le corps. L’embaumeur agit à l’aveugle, sans chercher à comprendre l’anatomie : seule compte l’efficacité rituelle .
Le cœur : le seul organe qui reste en place
Contrairement aux autres viscères, le cœur n’est pas retiré. Les Égyptiens lui attribuent un rôle fondamental : c’est le siège de l’intelligence, de la mémoire et du jugement. Celui qui nous fait rire, pleurer, aimer, réfléchir. On pense avec le cœur, pas avec le cerveau. Le cœur est donc laissé en place dans la poitrine. Il sera le grand témoin de la vie du défunt lors du jugement des morts. Sur la balance de Maât, il sera pesé contre la plume de la vérité. Pour s’assurer que le cœur ne témoigne pas contre son propriétaire, on glisse parfois sur la poitrine de la momie une amulette en forme de scarabée, le scarabée de cœur. Cette amulette porte une formule magique qui empêche le cœur de « dénoncer » son propriétaire lors du jugement.

Les vases canopes : protéger les organes pour l’éternité
Chaque organe est lavé, embaumé et placé dans un vase canope. Ces vases sont au nombre de quatre, chacun protégé par l’un des quatre fils d’Horus, et chacun ayant une forme de tête spécifique :
- La tête humaine (Imsety) protège le foie.
- La tête de babouin (Hâpi) protège les poumons.
- La tête de chacal (Douamoutef) protège l’estomac.
- La tête de faucon (Kébehsenouf) protège les intestins.
Les vases canopes sont ensuite déposés dans la tombe, près du sarcophage. Ils accompagnent le défunt dans l’au-delà. Au Musée de la Momification de Louxor, plusieurs vases canopes sont exposés. Vous pouvez y observer leurs têtes sculptées et les inscriptions qui les identifient.

Le corps vidé, prêt pour le natron
Une fois le cerveau retiré et les viscères placés dans les canopes, le corps est vidé. L’embaumeur lave soigneusement l’intérieur de l’abdomen avec du vin de palme et des aromates. Il remplit ensuite la cavité de résine, de myrrhe, de lin imprégné et parfois de petits sachets de tissu contenant du natron, un sel minéral aux propriétés desséchantes .
L’incision sur le flanc gauche, juste au-dessus de la hanche, sera refermée en toute fin de processus. Selon les époques et les moyens du défunt, elle pouvait être simplement maintenue fermée par les bandelettes de lin qui enveloppaient ensuite le corps. Dans certains cas, on utilisait une plaque métallique, en or, en argent ou en bronze, parfois décorée de l’Œil Oudjat, l’œil d’Horus symbole de guérison et de protection. Cette plaque était placée sur l’incision avant l’habillage des bandelettes, pour protéger l’ouverture et « sceller » le corps.
Le corps est maintenant prêt pour l’étape suivante : le séchage au natron.
Le natron : sécher pour purifier
Une fois le corps vidé de ses organes internes et le cerveau retiré, l’étape suivante est le séchage. Le corps est entièrement recouvert de natron, un sel naturel que l’on trouve dans les lacs salés du désert égyptien, notamment dans le Wadi El Natron, au nord-ouest du Caire.
Un séchage de 40 jours
Le corps est placé sur une table inclinée, recouvert de natron en poudre, et laissé ainsi pendant 40 jours. Cette longue période permet une déshydratation complète. Le natron absorbe l’humidité du corps, les graisses et les liquides, ne laissant que la peau, les tendons et les os. Pendant ce temps, le corps se vide de son eau, se dessèche et se rigidifie. Il perd jusqu’à 75 % de son poids initial. Le résultat est une dépouille très amaigrie, qui ressemble à une statue.

Une purification sacrée
Le natron n’est pas seulement un agent de conservation. Il a aussi une portée symbolique. En chassant l’humidité putréfiante, il élimine ce qui est associé au chaos et à la décomposition. Le corps devient sec, pur, durable. Ce séchage évoque le retrait des eaux du Nil après la crue, qui laisse la terre fertile et prête à être cultivée. Le corps, comme la terre, est préparé à recevoir une nouvelle vie.
Onction, modelage, bandelettes et amulettes: redonner forme au corps, le protéger
Le corps a passé 40 jours dans le natron. Il est maintenant complètement déshydraté, sec, rigide. Il a perdu son volume et ressemble à une silhouette squelettique. Il faut maintenant lui redonner une forme humaine, le modeler, le parfumer, l’habiller.
Rembourrer pour redonner du volume
L’embaumeur commence par remplir les cavités du corps. Là où se trouvaient les viscères, il introduit un mélange de sciure de bois, de lin, de terre et parfois de résine. Il comble également les orbites et les joues pour redonner du volume au visage. Ce rembourrage n’est pas seulement esthétique. Il permet de reconstituer l’apparence du défunt, pour que son Ba (l’âme-oiseau) puisse le reconnaître et y revenir.

Les onguents : parfumer et diviniser
Le corps est ensuite enduit d’onguents, d’huiles et de résines parfumées. Ces substances ne servent pas seulement à masquer les odeurs de décomposition. Elles ont une fonction sacrée. La myrrhe, l’encens, l’huile de cèdre, le miel : chaque produit est choisi pour ses propriétés purificatrices et divines. L’or et la résine sont considérés comme la « chair des dieux ». En enduisant le corps de ces substances, on le transforme en une enveloppe divine, digne d’Osiris.
Le masque : une image pour l’éternité
Le défunt reçoit parfois un masque, placé sur son visage. Ce masque n’est pas un portrait réaliste. C’est une image idéale, qui permet au Ba de reconnaître son corps et d’y revenir.
Les masques les plus célèbres sont ceux des pharaons, comme le masque d’or de Toutânkhamon. Mais les particuliers plus modestes portaient aussi des masques en cartonnage (un mélange de lin et de plâtre), peints de couleurs vives. Au Musée de la Momification de Louxor et au Musée de Louxor, vous pouvez voir plusieurs masques funéraires, qui témoignent de cette tradition.

Plus tard, à l’époque romaine (à partir du Ier siècle apr. J.-C.), apparaissent les célèbres portraits du Fayoum. Il ne s’agit plus de masques stylisés, mais de véritables portraits peints sur des panneaux de bois, insérés dans les bandelettes de la momie. Leur réalisme est saisissant : regards directs, traits individualisés, expressions vivantes. Peints à la cire (encaustique) ou à la détrempe, ils capturent l’apparence réelle du défunt, dans ses plus beaux atours. Leur fonction reste la même : permettre au Ba de reconnaître le corps et de s’y réunir pour l’éternité.

L’habillage des bandelettes
Vient ensuite l’étape la plus longue et la plus ritualisée : l’habillage des bandelettes. L’embaumeur enroule le corps dans des centaines de mètres de lin fin. Chaque bandelette est posée avec soin, selon un ordre précis, accompagnée de formules magiques. Les bandelettes ne sont pas disposées au hasard. Elles sont disposées en couches successives, d’abord sur les doigts et les orteils, puis sur les bras, les jambes, le torse, et enfin la tête. Les doigts sont parfois bandés individuellement, puis les mains ensemble.

Les amulettes : protéger le corps
Entre les couches de bandelettes, l’embaumeur glisse des amulettes. Ces petits objets, souvent en faïence, en pierre ou en or, ont chacun une fonction protectrice :
- Le scarabée de cœur, placé sur la poitrine, empêche le cœur de témoigner contre le défunt lors du jugement.
- Le pilier Djed, symbole de stabilité, protège la colonne vertébrale.
- Le nœud d’Isis, symbole de protection, protège le cou.
- L’Œil Oudjat, symbole de guérison, protège le visage.
Chaque amulette est accompagnée d’une formule magique qui l’active. Sans ces paroles, l’amulette n’est qu’un objet. Avec elles, elle devient un bouclier contre les dangers de l’au-delà.

Les textes funéraires : des guides pour l’au-delà
Pendant que les embaumeurs travaillent, un prêtre récite des formules magiques. Certaines de ces formules sont tirées de ce que nous appelons aujourd’hui le « Livre des Morts ». Mais ce nom est un abus de langage, hérité des premiers égyptologues. Les Égyptiens eux-mêmes désignaient ces textes par un titre plus juste : « Formules pour sortir au jour ». Ce n’est pas un livre sur la mort, mais un guide pour la renaissance.
Un recueil personnalisé
Le Livre des Morts n’est pas un texte unique et canonique. C’est un recueil d’environ 200 formules que l’on choisit et assemble en fonction des besoins du défunt. Chaque exemplaire est unique, composé sur mesure pour son propriétaire. On y trouve des prières, des incantations, des descriptions de l’au-delà, et des instructions pour franchir les portes du royaume d’Osiris.

Un usage qui s’est démocratisé
Il faut toutefois nuancer son usage. Le Livre des Morts n’a pas été utilisé à toutes les époques ni par tout le monde :
- À l’origine (à partir de la Deuxième Période Intermédiaire, vers 1700 av. J.-C.), il est réservé aux pharaons.
- Au Nouvel Empire (à partir de 1550 av. J.-C.), il se répand parmi les élites : scribes, prêtres, fonctionnaires. Chacun peut commander son propre exemplaire, plus ou moins luxueux selon ses moyens.
- À la fin de l’histoire égyptienne (époque ptolémaïque), son usage se raréfie et les dernières versions datent du Ier siècle av. J.-C.
Avant le Livre des Morts, les Égyptiens utilisaient d’autres textes funéraires : les Textes des Pyramides (réservés aux rois) et les Textes des Sarcophages (accessibles aux nobles). Le Livre des Morts est l’héritier de ces deux traditions.
Les textes royaux : Amdouat et Livre des Portes
Le Livre des Morts n’était pas le seul texte funéraire utilisé par les Égyptiens. Dans les tombes royales du Nouvel Empire, d’autres compositions apparaissent, réservées, au départ, aux pharaons :
- Le Livre de l’Amdouat (littéralement « Ce qui est dans l’au-delà ») décrit le voyage nocturne du dieu soleil Rê à travers les douze heures de la nuit. Chaque heure correspond à une région de l’au-delà que le dieu traverse avant de renaître à l’aube. C’est le plus ancien de ces textes royaux, apparaissant pour la première fois dans la tombe de Thoutmôsis Ier (XVIIIe dynastie).
- Le Livre des Portes, qui lui succède, remplit une fonction similaire mais avec une différence majeure : il met l’accent sur les douze portes que le dieu soleil doit franchir durant son périple nocturne, chacune gardée par une divinité redoutable. Il apparaît pour la première fois dans la tombe d’Horemheb (fin XVIIIe dynastie). Contrairement à l’Amdouat, qui glorifie surtout le dieu Rê, le Livre des Portes réaffirme la puissance d’Osiris, le dieu des morts.

À partir de la XXIe dynastie, des extraits de l’Amdouat et du Livre des Portes apparaissent dans les tombes de riches particuliers, mais ces textes restent réservés aux élites, contrairement au Livre des Morts qui était beaucoup plus largement diffusé.
Des supports variés
Certaines formules sont inscrites sur les bandelettes elles-mêmes, ou sur un papyrus placé entre les jambes de la momie. D’autres sont gravées sur les parois de la tombe ou sur le sarcophage. Les plus modestes ne pouvaient pas toujours s’offrir un exemplaire complet et se contentaient de quelques formules essentielles.

Ainsi, selon son rang et ses moyens, un Égyptien pouvait bénéficier de différents types de textes funéraires. Les pharaons avaient droit aux compositions royales complètes. Les élites pouvaient s’offrir un Livre des Morts personnalisé, et parfois des extraits des textes royaux. Les plus modestes se contentaient de quelques formules essentielles, parfois simplement inscrites sur un linceul ou une amulette.
La momie est maintenant prête. Après des semaines de travail, le corps a retrouvé une apparence humaine : bandelettes serrées, amulettes glissées entre les couches de lin, masque ou portrait placé sur le visage. Le prêtre a récité les formules, invoqué les dieux, protégé le défunt contre les dangers de l’au-delà.
Mais ce n’est pas encore fini. La momie doit maintenant quitter l’atelier des embaumeurs pour rejoindre sa dernière demeure. Un cortège funèbre se met en route. Des pleureuses, des prêtres, des porteurs d’offrandes accompagnent le cercueil jusqu’à la tombe. C’est là qu’a lieu l’ultime cérémonie, le moment où la momie reprend vie pour l’éternité.
La mise au tombeau : l’ultime cérémonie
La momie est prête. Elle a passé 70 jours entre les mains des embaumeurs. Son corps est maintenant une enveloppe sacrée, protégée par les amulettes et les formules magiques. Il est temps pour elle de rejoindre sa dernière demeure.
Le cortège funèbre
Le jour de l’enterrement, un cortège se met en route. Il quitte l’atelier d’embaumement, situé en bordure du désert, et se dirige vers la tombe. Ce cortège est impressionnant : des prêtres, des pleureuses professionnelles, des porteurs d’offrandes, des musiciens, et parfois même des soldats pour les personnages importants. La momie est placée dans un « sarcophage de transport », lui-même posé sur un traîneau en bois tiré par des bœufs. Des hommes portent les objets qui accompagneront le défunt dans l’au-delà : mobilier, vaisselle, nourriture, bijoux, statues funéraires (les oushebtis). Tout est prévu pour que le défunt ne manque de rien.

La cérémonie de l’ouverture de la bouche
Arrivée devant la tombe, la momie est déposée devant l’entrée. C’est là que se déroule la cérémonie la plus importante : l’ouverture de la bouche. Un prêtre, portant le masque d’Anubis, s’approche de la momie. Il prend un instrument rituel précis. Il en touche délicatement la bouche, les yeux, les oreilles et le nez de la momie. Chaque geste est accompagné d’une formule magique.
Le rituel de l’ouverture de la bouche est l’une des cérémonies les plus importantes de l’Égypte antique. Il ne se limite pas à un simple geste symbolique : c’est un rituel complexe, impliquant plusieurs instruments magiques, chacun ayant une fonction précise pour redonner vie au défunt.
Un rituel complexe
Lors de la cérémonie, le prêtre, vêtu d’une peau de léopard et parfois coiffé du masque d’Anubis, utilise plusieurs instruments spécifiques :
- Le pesesh-kef est une lame fourchue qui servait à l’origine à couper le cordon ombilical à la naissance. Dans le contexte funéraire, il symbolise la renaissance du défunt dans l’au-delà.
- L’herminette (ou meskhetyu) est une petite hache servant à toucher la bouche, les yeux, le nez et les oreilles de la momie pour lui rendre ses sens.
- Le doigt d’Horus est un instrument en obsidienne ou en métal utilisé pour « ouvrir » les orifices du défunt.
- La patte avant de bœuf (khepesh) est utilisée pour un geste symbolique fort visant à transmettre la force et la vigueur au défunt.
- Le netjerouy est un ensemble de deux petites lames en métal ou en pierre servant à couper le cordon symbolique et à purifier le visage.

Ces objets faisaient partie d’un ensemble d’outils rituels (parfois appelés setep) présentés dans des coffrets spécifiques.
Le sens du rituel
Chaque geste est accompagné d’une formule magique. Le prêtre touche la bouche, les yeux, les oreilles et le nez de la momie avec ces instruments. L’objectif est de restaurer les sens du défunt : qu’il puisse voir, entendre, parler, manger et respirer dans l’au-delà. Sans cette cérémonie, la momie reste un corps inerte. Avec elle, elle renaît et devient un « Osiris », prêt à affronter le jugement des dieux.
Le sarcophage : du pharaon au plus modeste
La momie est ensuite placée dans son sarcophage. Le sarcophage n’est pas une simple boîte. C’est un monde miniature, une matrice protectrice qui contient et protège le corps. Mais tous les sarcophages ne se ressemblent pas. Leur matériau, leur taille et leur décoration varient considérablement selon l’époque, le rang et les moyens du défunt.
Les sarcophages royaux : matériaux précieux et or
Les pharaons bénéficient des sarcophages les plus somptueux.
Dès l’Ancien Empire, ils sont taillés dans des pierres dures et résistantes: granite, basalte, quartzite, albâtre. Ces matériaux symbolisent l’éternité et la permanence du pouvoir royal. Leur extraction nécessite une organisation logistique impressionnante, et leur rareté renforce le caractère exceptionnel du souverain. Le sarcophage de Khéops, par exemple, est en granit et ne possède aucune décoration.
À partir du Nouvel Empire, les sarcophages royaux deviennent plus élaborés. La découverte de la tombe de Toutânkhamon a révélé l’ampleur de ce faste : quatre sarcophages emboîtés, dont trois en bois plaqué d’or, richement décorés et incrustés de pierres semi-précieuses.

Les sarcophages des nobles et de l’élite : bois précieux et décorations
Les riches particuliers et les hauts fonctionnaires utilisent des sarcophages en bois.
Le bois le plus couramment utilisé est le sycomore, un figuier local abondant le long du Nil. Mais pour les plus aisés, on importe du cèdre du Liban, un bois précieux, résistant à la décomposition et au parfum agréable.
Dès le Moyen Empire, les cercueils des notables sont ornés d’inscriptions et de compositions funéraires, inspirées des Textes des Sarcophages. On y peint des yeux sur la face extérieure pour permettre au défunt de voir au-dehors, et une fausse porte pour que son Ba puisse quitter le corps quand il le souhaite.

Au Nouvel Empire, les cercueils deviennent anthropomorphes (en forme humaine). Ils épousent étroitement la forme de la momie et sont souvent au nombre de trois, emboîtés les uns dans les autres.
Les sarcophages les plus modestes : cartonnage et matériaux simples
Pour ceux qui ne peuvent pas s’offrir un sarcophage en pierre ou en bois précieux, il existe une solution économique : le cartonnage. Ce matériau est composé de plusieurs couches de lin ou de papyrus, recouvertes de plâtre. Le procédé est simple et rapide : on modèle le cartonnage autour d’un support en boue et en paille, on le laisse sécher, puis on retire le support pour y placer la momie. Le tout est ensuite peint et décoré. Ils sont produits, parfois, en série.

Ce type de cercueil est particulièrement répandu à la Troisième Période Intermédiaire et à l’époque ptolémaïque.
Une évolution à travers les siècles
Les sarcophages égyptiens ont évolué au fil du temps. Au début de l’histoire égyptienne, on utilisait de simples caisses ou de grands pots de terre dans lesquels le corps était placé en position recroquevillée. L’apparition du sarcophage a d’ailleurs rendu nécessaire la momification : sans le sable chaud du désert qui desséchait naturellement le corps, celui-ci se décomposait. Les formes ont également évolué : des cuves rectangulaires de l’Ancien Empire aux cercueils anthropomorphes du Nouvel Empire, en passant par les sarcophages « emplumés » ornés des ailes de la déesse Nekhbet.
Les ouchebtis : des serviteurs pour l’éternité
Outre le sarcophage, la tombe accueille souvent un autre élément essentiel du mobilier funéraire : les ouchebtis (ou chaouabtis). Ce sont des statuettes funéraires qui représentent de petits personnages momiformes, les bras croisés sur la poitrine, tenant parfois des outils agricoles comme des houes ou des pics.
Leur nom vient du verbe égyptien ousheb, qui signifie « répondre ». Les ouchebtis sont en effet des « répondants » : leur fonction est de se substituer au défunt lorsque celui-ci est appelé à effectuer des travaux agricoles dans l’au-delà. Un texte magique, le chapitre 6 du Livre des Morts, est souvent inscrit sur ces statuettes. Il les anime et les oblige à répondre à l’appel d’Osiris en disant : « Me voici, je viendrai ».

Le nombre d’ouchebtis varie selon le rang et les moyens du défunt. À l’origine, quelques statuettes suffisaient. Mais au fil du temps, leur nombre s’est multiplié : certains défunts en emportaient plus de 400, soit un pour chaque jour de l’année, supervisés par des « contremaîtres » responsables de groupes de dix ouchebtis. Le tombeau de Toutânkhamon en contenait 413.
Ces statuettes sont fabriquées dans des matériaux variés : faïence égyptienne (le plus courant), bois, pierre, terre cuite, et parfois bronze pour les plus riches. Les pharaons pouvaient en posséder des centaines, comme le roi Taharqa qui en avait plus d’un millier. Les particuliers plus modestes se contentaient d’un nombre plus réduit, souvent en faïence bleue ou verte.
Au Musée de la Momification de Louxor, vous pouvez voir des ouchebtis exposés dans les vitrines, aux côtés des autres objets funéraires.
La momification en synthèse

Où voir des momies en Égypte ?
Après avoir suivi les 70 jours du rituel de momification, vous avez sans doute envie de voir par vous-même ces momies qui ont traversé les millénaires. Voici les principaux endroits où les admirer.
Au Caire : trois lieux, trois expériences
Le Musée National de la Civilisation Égyptienne (NMEC) : Le NMEC est le lieu incontournable pour voir les momies royales. Inauguré en 2017, c’est en avril 2021 que les 22 momies royales (18 rois et 4 reines) y ont été transférées lors de la spectaculaire Parade d’Or des Pharaons. Parmi elles: Ramsès II, Séthi Ier, Thoutmôsis III et la reine Hatchepsout. Elles sont présentées dans une salle souterraine conçue pour évoquer l’atmosphère des tombes de la Vallée des Rois.
Le Musée Égyptien de la place Tahrir : Le « vieux » musée, construit en 1901, reste une institution incontournable. Bien que les momies royales aient été transférées au NMEC, il conserve des momies intéressantes, ainsi que des sarcophages. Parmi ses trésors, la célèbre momie de la tombe KV55, peut-être celle d’Akhenaton, porte encore les stigmates de la damnatio memoriae dont il a été victime. On y trouve également les portraits du Fayoum, ces peintures réalistes de l’époque romaine insérées sur les momies.
Le Grand Musée Égyptien (GEM) : Le GEM, situé près de Gizeh, abrite désormais le trésor de Toutânkhamon ainsi que ses différents sarcophages. Il représente la nouvelle vitrine de l’Égypte ancienne.
À Louxor : deux musées et une tombe
Le Musée de la Momification : Nous avons déjà parlé de ce musée tout au long de l’article. Il est entièrement dédié à l’art de la momification et permet de visualiser concrètement les étapes que nous venons de décrire : outils des embaumeurs, vases canopes, amulettes, bandelettes. On y voit la momie de Maserharti, grand prêtre d’Amon, ainsi que de nombreuses momies d’animaux sacrés.
Le Musée de Louxor : Installé sur la corniche, il abrite une collection d’objets du Nouvel Empire. À l’étage supérieur, une grande vitrine est entièrement dédiée à l’art funéraire : sarcophages, objets funéraires, et de nombreuses ouchebtis – ces statuettes funéraires destinées à remplacer le défunt pour les travaux des champs dans l’au-delà. Parmi ses pièces maîtresses, la momie du pharaon Ahmôsis Ier, le fondateur de la XVIIIe dynastie, ainsi qu’une momie attribuée à Ramsès Ier (identification incertaine), restituée à l’Égypte en 2003.
La Vallée des Rois : Les momies royales ont été déplacées dans les musées du Caire, mais une exception subsiste : la momie de Toutânkhamon repose encore dans son tombeau (KV62). Les parois des tombes de la vallée sont décorées de textes funéraires (Amdouat, Livre des Portes).
Au Musée de la Nubie à Assouan
Inauguré en 1997, ce musée recueille les vestiges de la civilisation nubienne, engloutie par le lac Nasser. Parmi ses collections, il abrite une sépulture de l’époque prédynastique (vers 3500 av. J.-C.), bien antérieure à la momification classique. Le corps, recroquevillé dans une position fœtale caractéristique des plus anciennes pratiques funéraires, est enveloppé dans un linceul.
La momification, un art au service de l’éternité
La momification n’est pas une simple technique de conservation. C’est un acte fondateur, né du mythe d’Osiris, qui a traversé trois mille ans d’histoire égyptienne. Réservée aux pharaons à l’origine, elle s’est progressivement ouverte à tous, chacun selon ses moyens, pour permettre à chaque Égyptien de devenir un « Osiris » et d’espérer une survie éternelle.
Nous avons suivi les 70 jours du rituel, du retrait du cerveau à l’habillage des bandelettes, en passant par le natron et les amulettes. Nous avons vu que chaque geste technique avait une portée spirituelle, et que la préservation du corps n’était qu’une étape, certes essentielle, dans un processus plus vaste.
Car une fois la momie préparée et déposée dans son sarcophage, une nouvelle vie commence. Le défunt doit rejoindre sa tombe, où il recevra des offrandes et des prières. Il doit aussi affronter le jugement des dieux, et sa survie éternelle dépendra du poids de son cœur.
Ces sujets feront l’objet de nos prochains articles :
- Les tombes : des mastabas aux pyramides, en passant par la Vallée des Rois, l’architecture funéraire égyptienne.
- Le jugement des morts : la pesée du cœur, la salle des Deux Vérités et le destin de l’âme.
- Le culte funéraire et les temples : les offrandes, les prêtres, les fêtes et le culte rendu au défunt.
Et si vous visitez Louxor, poussez la porte du Musée de la Momification. Vous y verrez les outils, les amulettes et les momies qui témoignent de cet art millénaire. Et quand vous contemplerez la momie de Maserharti ou celle dAhmôsis Ier, vous saurez désormais tout le chemin parcouru pour faire d’n homme un Osiris.
Pour aller plus loin : livres sur la momification
Ouvrages pour adultes
- DUNAND, Françoise et LICHTENBERG, Roger. Les momies : un voyage dans l’éternité. Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », 2007, 143 p. – Un ouvrage de référence qui aborde à la fois les aspects historiques et scientifiques de la momification, avec un dossier enrichi sur les portraits du Fayoum. Les auteurs s’appuient sur les récentes analyses radiographiques et génétiques des momies.
- MARSHALL, Amandine. Les momies égyptiennes : la quête millénaire d’une technique. Fayard, 2013. – Une remise en perspective complète de la momification, des origines aux découvertes archéologiques récentes. L’ouvrage répond à des questions précises : qui étaient les embaumeurs ? comment travaillaient-ils ? y avait-il des femmes embaumeurs ? Illustré par 80 documents dont plusieurs inédits.
- LAUER, Jean-Philippe. Données nouvelles sur la momification dans l’Égypte ancienne. Institut français d’archéologie orientale, 1955. – Un ouvrage plus ancien mais toujours utile pour les recherches approfondies, issu des Annales du service des antiquités de l’Égypte.
- DUNAND, Françoise et LICHTENBERG, Roger. Des animaux et des hommes. Gallimard, 2005. – Pour ceux qui s’intéressent à la momification des animaux, cet ouvrage explore la place de l’animal dans l’univers religieux égyptien et la pratique des offrandes animales momifiées.
Ouvrages pour enfants et adolescents
- OSBORNE, Mary Pope et OSBORNE, Will. Momies et pyramides. Bayard Jeunesse, coll. « Les carnets de la cabane magique », 2008, 125 p. – Un documentaire adapté de la célèbre série La Cabane magique. Tom et Léa s’immergent dans la vie quotidienne des Égyptiens : vêtements, métiers, jeux des enfants, techniques de momification et construction des pyramides. Ludique et instructif (dès 7-8 ans).
- LAMOUREUX, Sophie. L’Égypte ancienne en questions. Milan, coll. « Topic », 2025, 35 p. – Un ouvrage récent qui répond aux questions des enfants sur la vie des Égyptiens, leurs dieux, leur écriture et le rituel de la momification. Idéal pour une première approche (dès 7-8 ans).
- MALAM, John. Égypte ancienne : un voyage dans l’extraordinaire civilisation égyptienne. Ed. Quatre Fleuves, 2006. – Un livre animé avec des volets à ouvrir, des tirettes et des scènes en 3D. Il aborde les temples, les pharaons, la vie quotidienne, l’écriture hiéroglyphique et l’art de la momification (dès 5-6 ans).
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