Fake news avant l’heure : comment la presse a inventé une malédiction et pourquoi elle fascine encore, 100 ans plus tard.
En 1922, l’archéologue Howard Carter pénètre dans le tombeau de Toutankhamon, une découverte qui a captivé le monde et marqué l’histoire de l’égyptologie. Cependant, cette trouvaille extraordinaire est entachée d’une rumeur macabre : le défunt pharaon aurait jeté une malédiction sur ceux qui profaneraient son sépulcre. Le mythe de la vengeance des dieux égyptiens, relayé par une presse en quête de sensationnel, allait donner naissance à l’une des plus célèbres légendes urbaines du XXe siècle.

Crédit : Harry Burton / The Griffith Institute
La légende de la « malédiction du pharaon », savamment entretenue par les journaux qui y ont vu un incroyable filon, a alimenté l’imagination du grand public et suscité d’innombrables spéculations. Certains affirment que ceux qui ont perturbé la tombe du jeune roi ont subi des conséquences tragiques, tandis que d’autres considèrent cela comme une simple coïncidence statistique. Cette croyance, mêlant ésotérisme et histoire antique, continue d’intriguer les passionnés d’archéologie et les curieux du monde entier.
Plus de cent ans après la découverte de la célèbre nécropole du souverain égyptien, la science apporte des réponses à la question qui a captivé le monde pendant de nombreuses années : le tombeau de Toutankhamon était-il réellement maudit ? Les études menées par les égyptologues contemporains, les analyses historiques et les travaux de démystification permettent aujourd’hui de distinguer les faits archéologiques de la fiction médiatique.

Dans notre article dédié, nous revenons sur l’histoire complète du jeune pharaon et vous guidons pour visiter sa tombe à Louxor ou son trésor au GEM
Le cinéma et la littérature se sont également emparés du thème des momies et de la malédiction des pharaons, au point que l’image de ces anciens corps embaumés soit devenue une véritable icône de la culture populaire. Des films d’aventure hollywoodiens aux romans fantastiques, en passant par les documentaires historiques, la figure de la momie vengeresse s’est imposée comme un archétype du mystère égyptien.

Les momies, avec leurs bandelettes et leur aura de mystère, leurs antiques anathèmes et leurs rites funéraires millénaires, ont inspiré d’innombrables récits qui ont captivé l’imagination du public et contribué à forger notre imaginaire collectif autour de l’Égypte ancienne. Cette fascination pour l’Égypte antique, ses pharaons et ses secrets funéraires, demeure plus vive que jamais à l’ère du numérique et des réseaux sociaux.
- La découverte du tombeau de Toutânkhamon
- Toutankhamon, le pharaon sorti de l’oubli
- Les premiers signes de la malédiction : présages et mort de Lord Carnarvon
- Comment la presse a inventé la malédiction des pharaons
- Une aubaine pour le tourisme à Louxor
- Les nouvelles victimes de la malédiction du pharaon
- Une légende urbaine qui traverse les siècles
- Les théories scientifiques face à la malédiction
- La vérité scientifique sur les morts mystérieuses
- Les survivants de la malédiction de Toutankhamon
- Conclusion : une malédiction bien vivante… dans nos imaginaires
- Sources
La découverte du tombeau de Toutânkhamon
Le 4 novembre 1922, un jeune porteur d’eau nommé Hussein dégage ce qui semble être une marche en creusant dans la Vallée des Rois. Howard Carter, archéologue britannique animé par une obstination devenue légendaire, accourt et poursuit les fouilles. Apparaît alors un escalier de seize marches s’enfonçant à quatre mètres sous terre, conduisant à une porte scellée dont les empreintes de sceaux sont encore intactes. Après des années de recherches infructueuses qui avaient épuisé la patience de son mécène Lord Carnarvon, Carter venait de mettre au jour le seul tombeau royal quasi intact de la nécropole thébaine. Le 26 novembre, il glisse une bougie à travers une brèche pratiquée dans la porte de l’antichambre. Interrogé par Carnarvon, il répond : « Yes, wonderful things » – « Oui, des merveilles ». Cette découverte, qui nécessita plus de dix ans de travail pour inventorier les 5 398 objets qu’elle renfermait, allait bouleverser l’égyptologie et captiver le monde entier.

Crédit : Harry Burton / The Griffith Institute, University of Oxford
Toutankhamon, le pharaon sorti de l’oubli
À l’époque de la découverte, le nom de Toutankhamon n’était connu que de quelques universitaires . Pourtant, ce jeune souverain de la XVIIIe dynastie – il accède au trône vers l’âge de neuf ou dix ans et règne environ huit ans, jusqu’à sa mort prématurée à dix-huit ou dix-neuf ans – a régné à une période charnière de l’histoire égyptienne . Fils du pharaon « hérétique » Akhenaton, il abandonne le culte exclusif d’Aton instauré par son père, change son nom de Toutânkhaton (« Image vivante d’Aton ») en Toutânkhamon (« Image vivante d’Amon ») et ramène la capitale de retour à Thèbes . C’est probablement grâce à la volonté de ses successeurs de le faire tomber dans l’oubli – procédant même au martelage de ses cartouches dans les listes royales officielles – que son tombeau a pu échapper aux pilleurs durant plus de trois millénaires . Cette damnatio memoriae, ironie du sort, a contribué à préserver intact le trésor qui allait, des décennies plus tard, le propulser sous les feux de la rampe et faire de lui le pharaon le plus célèbre de l’histoire.

Crédit : Harry Burton / The Griffith Institute, University of Oxford
Pour tout savoir sur le souverain derrière la légende et préparer votre visite sur place, consultez notre guide complet sur Toutânkhamon.
Les premiers signes de la malédiction : présages et mort de Lord Carnarvon
Alors que la découverte du tombeau de Toutankhamon bouleverse le monde de l’égyptologie, une série d’événements étranges et de coïncidences troublantes va très rapidement donner naissance à l’une des légendes les plus persistantes de l’histoire moderne : la malédiction des pharaons. Si Howard Carter, l’archéologue britannique, se réjouit de son incroyable trouvaille dans la Vallée des Rois, les premiers signes de ce qui sera bientôt interprété comme un châtiment divin ne tardent pas à apparaître.
Le canari de Howard Carter, un présage funeste
Un premier événement, aussitôt interprété comme un sinistre présage, est rapporté par le correspondant du New York Times à Louxor. Le jour même de l’ouverture du tombeau, le canari apprivoisé d’Howard Carter, que l’archéologue affectionnait particulièrement et qui l’accompagnait sur le site de fouilles, aurait été dévoré par un cobra.
Ce serpent, extrêmement venimeux, revêt une signification symbolique majeure dans l’Égypte antique : il est l’emblème des dynasties royales, stylisé sur les diadèmes des pharaons et associé à la protection divine des souverains. Pour la main-d’œuvre locale, composée d’ouvriers égyptiens souvent superstitieux, ce drame animalier ne fait aucun doute : c’est la marque d’un funeste présage, un avertissement envoyé par les dieux protecteurs du jeune roi. Les ouvriers y voient la confirmation que la tombe de Toutankhamon ne devrait pas être perturbée et que le pharaon, même mort, veille sur son repos éternel.
Le canari de Howard Carter devient ainsi, malgré lui, la première victime symbolique de la malédiction des pharaons. La rumeur se répand rapidement parmi les équipes de fouilles, semant une inquiétude qui ne fera que croître dans les semaines suivantes.
À lire aussi : les coulisses de la découverte dans notre article Tombe de Toutânkhamon : l’incroyable découverte d’Howard Carter.
La prophétie du docteur Mardrus
Quelques mois après cette première alerte, le 19 février 1923, un personnage influent va donner une dimension nouvelle à la rumeur. Le docteur Joseph-Charles Mardrus, orientaliste célèbre pour sa traduction des Mille et une nuits et accessoirement médecin sanitaire, publie dans « le journal » une déclaration qui fera le tour de la presse : « Le pharaon Toutankhamon se vengera. »

Pour appuyer ses propos, Mardrus rappelle un incident qui s’était produit en 1886, lors du déshabillage de la momie de Ramsès II au Musée du Caire :
« la dépouille se serait ‘à demi’ dressée sur son séant, les mâchoires entrouvertes et le bras sorti hors de la vitre brisée, tenant, brandi dans sa dextre, le fouet du bouvier, sa face tournée vers le Nord. »
Cette évocation saisissante, relayée par un médecin réputé, va marquer les esprits. Le docteur Mardrus, qui allie une légitimité scientifique à une connaissance intime des traditions orientales, donne une crédibilité inattendue à la thèse de la vengeance divine. Ses déclarations sont reprises, commentées et amplifiées par la presse de l’époque, qui y voit un incroyable filon journalistique.
L’incident de la momie de Ramsès II, bien que jamais scientifiquement validé, devient un argument récurrent pour ceux qui croient en l’existence d’une force mystérieuse protégeant les sépultures des pharaons. Cette fascination pour les phénomènes surnaturels, typique de l’entre-deux-guerres, trouve dans l’Égypte antique un terrain de prédilection.
La mort mystérieuse de Lord Carnarvon
Le drame survient au printemps 1923. Lord Carnarvon, mécène de l’expédition et fervent soutien de Howard Carter, décède subitement à l’âge de 56 ans. La cause officielle de sa mort, rapportée par les médecins, est une piqûre de moustique qui, après une coupure de rasoir, s’est infectée, provoquant une septicémie foudroyante doublée d’une pneumonie.
La santé fragile de Carnarvon, affaibli par un accident de voiture survenu des années plus tôt, avait fait de lui un homme vulnérable aux infections. Pourtant, dans l’esprit du grand public et des journalistes en quête de sensationnel, ce décès ne peut être une simple coïncidence.
La mort de Carnarvon intervient quelques semaines seulement après l’ouverture officielle du tombeau, et elle frappe l’un des principaux acteurs de la découverte. Dans l’imaginaire collectif, la coïncidence est trop parfaite : le pharaon aurait frappé son premier grand coup. Lord Carnarvon devient ainsi, aux yeux du monde entier, la première véritable victime humaine de la malédiction des pharaons.

Aujourd’hui encore, les égyptologues et les historiens de la médecine s’accordent à dire que la mort de Carnarvon s’explique par des causes parfaitement rationnelles. Mais à l’époque, l’absence de connaissances médicales avancées et le climat de mysticisme ambiant ont transformé cette tragédie en événement surnaturel.
Les coïncidences troublantes qui ont enflammé la presse
Pour achever de convaincre les esprits les plus cartésiens, deux coïncidences troublantes viennent s’ajouter au drame :
- Le jour du décès de Lord Carnarvon, une panne d’électricité paralyse Le Caire. À l’époque, l’électricité est encore une nouveauté dans la capitale égyptienne, et cet événement est immédiatement interprété comme un signe du courroux divin.
- À des milliers de kilomètres de là, au château de Highclere Castle (la demeure de la famille Carnarvon, devenue célèbre grâce à la série Downton Abbey), la chienne du défunt, une petite chienne de compagnie très attachée à son maître, se met à hurler à la mort et s’écroule raide morte au même moment.
Ces deux coïncidences, rapportées et amplifiées par les correspondants de presse, achèvent de convaincre un public déjà largement acquis aux thèses du spiritisme. La figure de la malédiction est née, et elle va s’imposer durablement dans l’imaginaire collectif.
Il n’en faut pas plus pour que la presse s’emballe. Les journaux du monde entier, frustrés de n’avoir pas obtenu l’exclusivité de la découverte (accordée au New York Times), vont se saisir de cette histoire et la transformer en l’une des plus grandes légendes urbaines du XXe siècle. La « malédiction du pharaon » est en marche.
Comment la presse a inventé la malédiction des pharaons
La mort de Lord Carnarvon, survenue le 5 avril 1923, aurait pu rester un fait divers tragique mais sans lendemain. Pourtant, dans un contexte médiatique particulièrement concurrentiel, elle va devenir le catalyseur d’une des plus grandes légendes du XXe siècle. Les journaux sensationnalistes, en quête de scoops et de tirages, vont s’emparer de l’événement et le transformer en une véritable « fake news » avant l’heure.
Car la malédiction des pharaons, contrairement à ce que l’imaginaire collectif a pu retenir, ne naît pas d’une antique prophétie égyptienne ni d’un grimoire mystérieux. Elle est le fruit d’une construction médiatique, née de la frustration des journalistes et savamment entretenue par des écrivains influents, des spirites en vogue et un public avide de mystère et de surnaturel.
Un accord d’exclusivité qui a semé la discorde
Pour comprendre comment la légende a pu émerger, il faut revenir sur un détail qui a tout déclenché : l’accord financier passé entre Howard Carter et le New York Times. Ce dernier avait obtenu l’exclusivité des reportages sur la découverte du tombeau de Toutankhamon, ainsi que le droit d’accès privilégié à la nécropole pour ses journalistes.
Ce contrat, juteux pour l’archéologue britannique, allait rapidement se retourner contre lui. Les autres organes de presse, en particulier la presse britannique, se retrouvaient privés de matière et frustrés de ne pouvoir couvrir l’événement du siècle.
C’est dans ce climat de rivalité médiatique qu’un correspondant du Daily Mail, Arthur Weigall, en mal de reconnaissance et ulcéré par les conditions d’accès imposées, décide de changer la donne. Il commence à évoquer l’idée d’une malédiction, d’une vengeance des dieux égyptiens contre les profanateurs. L’angle est parfait : il est sensationnel, il ancre l’histoire dans le mysticisme si prisé de l’époque, et il offre un récit bien plus captivant qu’une simple chronique archéologique.

Crédit : The Daily Mail / Gale Digital Scholar Lab
La mort de Lord Carnarvon, survenant quelques mois plus tard, sera la chance inespérée dont ces journalistes frustrés avaient besoin. Soudain, la malédiction qu’ils avaient imaginée semble se matérialiser. Les ventes de journaux s’envolent, la rumeur se propage à la vitesse de l’électricité, et la figure de la momie vengeresse s’impose dans l’imaginaire du grand public.
Dans « Le Siècle » du 6 avril 1923 (source : BnF) :
« L’égyptologue était-il la victime des divinités souterraines ? Les forces occultes dont disposaient, dit-on, les prêtres de l’ancienne Egypte, étaient-elles assez puissantes pour agir par delà les siècles ? […]
Le docteur Mardrus, pour qui ces choses de l’Orient ancien n’ont rien de secret en est convaincu. Il croit à une vengeance du Pharaon. M. Lancellin, spirite notoire, partage cette opinion. Et avec eux beaucoup d’autres, pour qui la mort de Lord Carnarvon apparaîtra comme la rançon de son audace. »
Tout le monde y va de son commentaire.
Des écrivains célèbres au secours de la légende
Marie Corelli, romancière britannique excentrique et très populaire à l’époque, est l’une des premières à s’emparer du sujet. Elle affirme que les archéologues ont été victimes de « poisons antiques » laissés intentionnellement dans le tombeau pour dissuader les pilleurs.
Mais le soutien le plus médiatique vient d’Arthur Conan Doyle, le célèbre père de Sherlock Holmes. Fervent adepte du spiritisme, il déclare dans la presse :
« Je ne dis pas qu’un esprit a tué lord Carnarvon. Je dis que c’est possible. »
Il ajoute même, dans une autre interview :
« Les prêtres égyptiens ont dû clore le cercueil du pharaon avec de puissantes formules magiques. »
Les déclarations de Conan Doyle, relayées dans le monde entier, ont un impact considérable. Le créateur du plus célèbre des détectives, symbole de la raison et de la logique, semble accréditer l’idée d’une force surnaturelle. Pour le grand public, la malédiction cesse d’être une simple rumeur pour devenir une possibilité sérieuse.
Agatha Christie, elle aussi, s’inspire de la légende naissante. Elle publie en 1923 sa nouvelle intitulée « L’Aventure du tombeau égyptien », mettant en scène pour la première fois son célèbre détective Hercule Poirot. Dans cette enquête, un archéologue meurt dans des circonstances mystérieuses après avoir ouvert une tombe égyptienne. La littérature populaire s’empare à son tour du mythe.
Ces contributions littéraires, couplées aux articles de presse, contribuent à diffuser la légende selon laquelle les archéologues auraient ignoré un avertissement gravé sur une tablette dans le tombeau :
« La mort viendra sur des ailes rapides à ceux qui toucheront aux tombeaux des pharaons. »
Cette inscription, en réalité, n’a jamais existé dans le tombeau de Toutankhamon. Elle est une pure invention de la presse, mais elle deviendra l’un des éléments les plus célèbres de la légende.
La fabrication d’une « fake news » à grande échelle
Ce qui se joue dans les mois qui suivent la mort de Carnarvon est un véritable phénomène médiatique, que l’on qualifierait aujourd’hui de « fake news » ou d’infox.
Le correspondant du Daily Mail, Arthur Weigall, est souvent cité comme l’un des principaux artisans de cette construction médiatique. Ayant été écarté des fouilles par l’accord d’exclusivité, il trouva dans la malédiction un moyen de reconquérir son public et de nuire à ses concurrents.
Les journaux du monde entier se livrent à une surenchère d’articles alarmistes, de témoignages invérifiables et de prophéties mystérieuses. L’expression « malédiction du pharaon » apparaît pour la première fois dans la presse, et elle va s’imposer durablement.
Les procédés utilisés par la presse de l’époque sont remarquables.
Aujourd’hui, les spécialistes des théories du complot et de la désinformation reconnaissent des schémas récurrents dans la fabrication des « fake news ». La malédiction des pharaons, en 1923, en est un exemple précoce et saisissant. Les techniques employées par la presse de l’époque – amplification, coïncidences fabriquées, appel à l’autorité, répétition – sont les mêmes que celles qui alimentent encore aujourd’hui les rumeurs les plus persistantes sur Internet. Voici comment ces mécanismes ont fonctionné, analysés à l’aune des biais cognitifs que la psychologie contemporaine a identifiés.
| Mécanisme de la fake news | Biais cognitif associé | Exemple dans la malédiction |
|---|---|---|
| Amplification dramatique | Biais de confirmation | Une septicémie devient une vengeance divine. |
| Coïncidences fabriquées | Corrélation illusoire | Toute mort est reliée au tombeau. |
| Témoignages non vérifiés | Effet de source | Des « experts » anonymes sont cités. |
| Citations décontextualisées | Effet de cadrage | Conan Doyle est utilisé pour servir le récit. |
| Oubli des contre-exemples | Biais de disponibilité | Les survivants ne sont jamais mentionnés. |
| Course au scoop | Effet de meute | Frustration des journaux, surenchère médiatique. |
| Répétition du récit | Illusory truth effect | À force d’être répétée, la rumeur devient une évidence. |
| Appel à la peur | Heuristique de peur | Le mystère et la mort captent l’attention. |
| Autorité légitime | Biais d’autorité | Conan Doyle et Mardrus prêtent leur crédibilité. |
Ce tableau montre que la « malédiction des pharaons » n’est pas née d’une antique prophétie égyptienne, mais d’une construction médiatique qui a utilisé tous les ressorts de la désinformation. Biais de confirmation, corrélation illusoire, effet de meute, effet de simple exposition : autant de mécanismes bien connus aujourd’hui des journalistes, des fact-checkers et des spécialistes des fake news. En 1923, ils ont donné naissance à une légende. Aujourd’hui, ils continuent d’alimenter les théories du complot les plus diverses, des momies maudites aux débarquements extraterrestres, en passant par les récits les plus contemporains. La malédiction des pharaons n’est pas qu’une histoire d’archéologie : c’est aussi une leçon sur la manière dont les rumeurs se propagent et dont notre cerveau, parfois, préfère le mystère à la raison.
Pour aller plus loin : l’analyse des archives de la BnF et de RetroNews permet de retracer pas à pas la fabrication de cette « fake news ».
Une aubaine pour le tourisme à Louxor
Paradoxalement, si cette malédiction a causé bien des tourments à Howard Carter, elle a aussi eu des effets inattendus. Le tombeau de Toutankhamon, qui aurait pu n’attirer qu’un public restreint de passionnés d’archéologie, devient une destination incontournable.
De nombreuses personnalités de l’époque, des aristocrates aux artistes, se pressent aux portes de la Vallée des Rois, attirées par la promesse d’un frisson nouveau. Des foules de touristes affluent à Louxor, transformant durablement l’économie locale. En un sens, la malédiction a fait de Toutankhamon le pharaon le plus célèbre de l’histoire, et de Louxor l’une des destinations touristiques les plus prisées d’Égypte.

Crédit : Historica Graphica Collection / Heritage Images / Getty Images
Aujourd’hui encore, le mythe de la malédiction des pharaons continue d’attirer des visiteurs du monde entier. Les agences de voyage proposent des circuits « sur les traces de la malédiction », les guides locaux racontent avec délectation l’histoire de Carnarvon et du canari de Carter, et les boutiques de souvenirs regorgent de figurines de momies et de scarabées. La légende, en définitive, s’est avérée être un extraordinaire moteur touristique.
Au grand désespoir de Carter, l’emballement premier pour la découverte archéologique se pare d’une aura de mystère dont raffole ce début de siècle épris de spiritisme et la tombe du pharaon à Louxor devient LA destination par excellence d’une bonne société oisive en recherche de sensations.
Si la malédiction a fait la fortune des journaux et le bonheur des marchands de souvenirs, elle a également fait de nouvelles victimes, ou du moins des morts que la presse s’est empressée d’attribuer à la vengeance du pharaon. La liste des prétendues victimes ne cesse de s’allonger entre 1923 et 1930, alimentant un peu plus la légende.
Les nouvelles victimes de la malédiction du pharaon
Si la mort de Lord Carnarvon, en avril 1923, avait déjà suffi à enflammer l’imaginaire collectif et à convaincre les esprits les plus crédules, la suite allait transformer la rumeur en certitude pour des millions de lecteurs à travers le monde. Entre 1923 et 1930, la presse sensationnaliste recense une quinzaine, voire une trentaine de décès qu’elle attribue sans hésitation à la vengeance du jeune roi égyptien.
Chaque disparition, chaque maladie, chaque accident survenant à une personne ayant eu un lien, même ténu, avec l’expédition archéologique est immédiatement présenté comme une nouvelle preuve de l’efficacité de la malédiction des pharaons. La liste des prétendues victimes s’allonge, les coïncidences s’accumulent, et la légende se renforce un peu plus chaque jour dans l’esprit du grand public.
Une liste de morts mystérieuses qui s’allonge
Les journaux de l’époque se livrent à une véritable comptabilité macabre, recensant avec une gourmandise morbide chaque décès pouvant être relié, de près ou de loin, au tombeau de Toutankhamon. Parmi les cas les plus souvent cités :
George Jay Gould, magnat de la finance américaine et propriétaire de chemins de fer, succombe à une « fièvre foudroyante » contractée peu après sa visite du tombeau. Sa mort est immédiatement attribuée à la malédiction, bien que les médecins évoquent une pneumonie contractée lors de son voyage en Égypte.
Un prince égyptien de passage sur le site de fouilles est abattu par sa femme dans des circonstances troubles. La presse s’empresse d’y voir un nouveau signe du courroux divin, oubliant que les drames conjugaux étaient, hélas, monnaie courante bien avant la découverte de Toutankhamon.
Un ouvrier du chantier de Carter est empoisonné à l’arsenic. L’incident, probablement accidentel, est présenté comme la vengeance du pharaon contre les petites mains qui ont osé toucher à son sépulcre.
Le demi-frère de Carnarvon, Aubrey Herbert, meurt d’un empoisonnement du sang. La similitude avec la cause du décès de son frère est jugée trop troublante pour être une coïncidence.
Richard Bethell, secrétaire personnel de Carnarvon, est découvert mort dans sa chambre d’hôtel, sans doute victime d’une asphyxie. Son père, Lord Westbury, se suicide quelques mois plus tard en se défenestrant, laissant une lettre dans laquelle il évoque la malédiction. Leur mort est présentée comme une preuve irréfutable que la vengeance du pharaon frappe sans distinction.
Le radiologue britannique qui a examiné la momie de Toutankhamon aux rayons X meurt d’une « maladie mystérieuse » dont les symptômes ne sont jamais clairement identifiés.
À noter : Dans la plupart de ces cas, les personnes décédées n’avaient jamais mis les pieds dans le tombeau. Certaines n’avaient même jamais visité l’Égypte. Mais la presse n’en avait cure : le lien, même ténu, suffisait à entretenir le récit.
Une malédiction qui touche aussi les puissants
La réputation de la malédiction des pharaons est telle qu’elle finit par atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. L’exemple le plus célèbre est celui de Benito Mussolini, le futur dictateur italien.
Très superstitieux, Mussolini avait reçu en 1923 une momie égyptienne offerte par les autorités du Caire. Lorsque la rumeur de la malédiction se répand, il ordonne immédiatement que la momie soit retirée de son palais et envoyée dans un musée. Craignant pour sa vie, le Duce ne veut prendre aucun risque, même si ses conseillers tentent de le rassurer en évoquant des coïncidences.
Ce n’est pas un cas isolé. Dans l’Europe et l’Amérique des années 1920, de nombreuses personnalités politiques et artistiques, pourtant réputées pour leur rationalité, confessent leur crainte de la malédiction. Certains hommes politiques américains auraient même, avec tout le sérieux du monde, demandé à ce que des mesures soient prises pour éviter que les momies exposées dans les musées ne présentent un risque sanitaire… ou surnaturel.
Ce climat de peur révèle à quel point l’imaginaire collectif est prêt à croire, même dans les cercles les plus éclairés, à des forces mystérieuses venues des temps anciens. La malédiction de Toutankhamon, en quelques mois, est devenue bien plus qu’une rumeur : elle s’est imposée comme une croyance partagée, capable d’influencer les décisions des puissants.
Une vague de peur qui traverse l’Atlantique
La peur de la malédiction ne se limite pas à l’Europe et à l’Égypte. Elle traverse l’Atlantique et s’installe durablement dans l’Amérique des années 1920. L’affaire fait tellement de bruit que des hommes politiques américains, comme nous l’avons vu, s’inquiètent sérieusement du risque que les momies exposées dans les musées pourraient représenter pour la santé publique.
Des journaux américains, toujours en quête de sensationnel, relaient avec enthousiasme les articles de leurs confrères européens et ajoutent leur pierre à l’édifice. La rumeur se propage d’autant plus facilement que l’Amérique de l’entre-deux-guerres est un terreau fertile pour les mouvements spiritualistes, les sociétés occultes et les croyances ésotériques.
Les touristes américains, qui commencent à affluer vers Louxor, sont à la fois fascinés et terrifiés par la perspective de visiter le tombeau. La malédiction, paradoxalement, devient un argument touristique de premier ordre.
Si la malédiction a fait couler beaucoup d’encre et a terrorisé une partie de l’opinion publique, elle a également suscité les interrogations d’esprits plus cartésiens. Dès les années 1930, des scientifiques et des égyptologues se sont efforcés de trouver des explications rationnelles à ces morts mystérieuses. Leurs théories, parfois loufoques, témoignent de la difficulté de l’époque à concilier la raison avec un phénomène médiatique d’une telle ampleur.
Une légende urbaine qui traverse les siècles
On pourrait croire que la malédiction du pharaon est une croyance qui a fait son temps, une superstition née dans un après-guerre immergé dans le spiritisme et les séances de tables tournantes. On pourrait penser qu’avec l’avènement de la science moderne, de la médecine contemporaine et de l’esprit critique, cette légende n’est plus qu’un souvenir pittoresque d’une époque révolue.
Et pourtant, la malédiction de Toutankhamon a la peau dure. Elle a traversé les décennies, s’est adaptée aux nouveaux médias et a même resurgi de façon tout à fait inattendue au XXIe siècle, bien loin des colonnes des journaux des années 1920.
La persistance de ce mythe nous rappelle que les légendes urbaines ne meurent jamais vraiment. Elles se transforment, se métamorphosent, trouvent de nouveaux terrains de propagation et de nouveaux publics crédules. La malédiction des pharaons, en ce sens, est un cas d’école de la manière dont une « fake news » peut traverser les générations, les technologies et les époques.
La résurgence de la malédiction à l’ère des réseaux sociaux
La malédiction de Toutankhamon, que l’on croyait reléguée aux pages poussiéreuses des journaux des années 1920, a connu une résurgence spectaculaire au printemps 2021. Une résurgence qui n’a rien à envier aux campagnes sensationnalistes du Daily Mail ou du New York Times en 1923. Seule différence : le vecteur de propagation n’est plus la presse écrite, mais les réseaux sociaux.
À l’ère du numérique, une vieille légende a été réactivée, transformée en tendance mondiale en quelques heures, et une série de coïncidences tragiques a été habilement présentée comme une preuve irréfutable de la vengeance divine. Retour sur les événements dans l’ordre chronologique.
La parade royale du 3 avril 2021, un événement mondial
L’élément déclencheur de cette résurgence médiatique est la fameuse « Parade des Rois et des Reines » organisée par les autorités égyptiennes le 3 avril 2021. Cet événement grandiose, retransmis en direct dans le monde entier, a été salué comme un exploit logistique et une vitrine exceptionnelle du patrimoine égyptien.
Vingt-deux momies royales, parmi lesquelles celles de Ramsès II, Séthi Ier, Hatchepsout et d’autres grands pharaons, ont été transportées en grande pompe à travers les rues du Caire. Direction : le nouveau Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC), où elles allaient être exposées dans des conditions de conservation optimales.
Cet événement, conçu pour célébrer la richesse de l’Égypte antique et promouvoir le tourisme culturel, allait paradoxalement réveiller les peurs les plus ancestrales.
Le transfert des momies, déclencheur involontaire
Pour les autorités égyptiennes, il s’agissait d’une opération de prestige, d’un moment de fierté nationale. Pour de nombreux Égyptiens, c’était une simple formalité logistique, le transfert de dépouilles royales d’un musée à un autre.
Mais pour certains esprits, ce déplacement de momies n’était pas anodin. En déplaçant les dépouilles des pharaons, les Égyptiens modernes ne risquaient-ils pas de réveiller la colère des dieux ? La malédiction des pharaons, endormie depuis près d’un siècle, allait-elle se réveiller ?
Les plus superstitieux n’ont pas tardé à voir des signes dans les événements qui ont suivi.
Les « signes » du destin et la viralité du hashtag #MalédictionDesPharaons
Dès le 3 avril 2021, jour de la parade, un hashtag s’empare des conversations en ligne : #MalédictionDesPharaons. Il enflamme très rapidement Twitter, Facebook, Instagram et TikTok.
Des millions d’internautes, à travers le monde, s’interrogent : une série de catastrophes récentes qui ont frappé l’Égypte seraient-elles liées au déplacement des momies royales ? Les théories du complot, habilement entretenues par des comptes influents et des relais médiatiques peu scrupuleux, se propagent à la vitesse de la lumière.
Dans les jours qui ont suivi la parade, l’Égypte a, en effet, été frappée par une série de catastrophes :
- Un train déraille dans la province de Sohag, faisant au moins 18 morts et des dizaines de blessés.
- Un immeuble s’effondre au Caire, provoquant la mort d’une vingtaine de personnes.
- Le porte-conteneurs Ever Given bloque le canal de Suez pendant six jours, paralysant le commerce mondial.
Pour les internautes convaincus, le lien est évident : le déplacement « pharaonique » des momies a réveillé la malédiction. Les dieux égyptiens punissent les modernes d’avoir déplacé leurs ancêtres.
Quand les coïncidences alimentent la rumeur
La réalité, bien sûr, est moins spectaculaire. Mais elle n’a pas empêché la rumeur de se propager à grande vitesse.
- Les accidents ferroviaires sont malheureusement fréquents en Égypte, où le réseau est vétuste et la maintenance parfois défaillante.
- Les effondrements d’immeubles sont réguliers au Caire, où le parc immobilier vieillissant et les constructions illégales sont monnaie courante.
- Le blocage du canal de Suez n’a rien à voir avec des momies : il est dû à une erreur de navigation du capitaine de l’Ever Given, couplée à des vents violents qui ont fait dévier le navire.
Mais la coïncidence des dates — la parade le 3 avril, les accidents dans les jours qui ont suivi — a suffi à alimenter la rumeur. Les algorithmes des réseaux sociaux, qui favorisent les contenus émotionnels et spectaculaires, ont amplifié le phénomène. En quelques jours, une vieille légende avait retrouvé une seconde jeunesse.
Ce phénomène illustre parfaitement la viralité des fake news à l’ère d’internet. Un événement initialement anodin (le transfert de momies) est interprété à travers le prisme d’une croyance ancienne, et une série de coïncidences est présentée comme une preuve irréfutable de la vengeance divine. La logique, la science et la raison ont été balayées par l’émotion et la peur.
Florence Quentin, dans son ouvrage « L’Égypte ancienne, vérités et légendes », résume avec une certaine ironie ce déferlement d’inquiétudes:
« Le 3 avril 2021, un frisson a parcouru les réseaux sociaux, via le hashtag « Malédiction des pharaons ». Dans une période relativement courte, l’effondrement d’un immeuble provoquant la mort d’une vingtaine de personnes, l’accident d’un train, celle de dix-huit passagers puis le blocage du canal de Suez par un porte-conteneurs n’auraient-ils pas été provoqués par le déploiement « pharaonique » de la fameuse « parade royale » qui vit défiler vingt-deux momies de rois et de reines transportées en grande pompe du musée de la place Tahrir au musée de la Civilisation égyptienne ? Tous ces événements funestes et leur déroulement en chaîne n’auraient-ils pas réveillé la fameuse malédiction des pharaons, s’interrogeaient alors une avalanche de tweets anxieux ?«
Cette résurgence de la malédiction en 2021 pose une question fondamentale : pourquoi, à l’ère de la science et de la technologie, continuons-nous à croire à ces légendes ? La réponse se trouve peut-être du côté de la psychologie des croyances, que nous allons explorer dans la section suivante.
Les théories scientifiques face à la malédiction
Alors que la rumeur de la malédiction enflait dans les colonnes des journaux du monde entier, des esprits cartésiens, des scientifiques et des égyptologues ont tenté, dès les années 1930, de ramener la raison dans un débat médiatique de plus en plus hystérique.
Car pour une partie du public, l’idée d’une vengeance surnaturelle restait difficile à admettre. Comment des forces occultes pouvaient-elles agir à travers les siècles ? Quels mécanismes physiques ou biologiques pouvaient expliquer ces morts mystérieuses ? Les réponses proposées, parfois sérieuses, parfois farfelues, témoignent de la difficulté de l’époque à concilier rationalité et fascination pour l’inexpliqué.
Ces théories, aussi diverses qu’étonnantes, ont le mérite de montrer que la communauté scientifique n’est pas restée silencieuse face à la légende. Elles illustrent aussi, à leur manière, l’incroyable pouvoir de suggestion exercé par la malédiction sur l’imaginaire collectif.
Des hypothèses parfois loufoques
Devant l’absence d’explication claire et la pression médiatique, quelques scientifiques, visiblement sérieux, se sont livrés à des élaborations théoriques parfois assez loufoques.
Parmi les hypothèses les plus surprenantes :
L’huile d’amande douce utilisée pour embaumer la momie se serait transformée en cyanure au contact de l’air, libérant un gaz mortel au moment de l’ouverture du tombeau. Cette théorie, séduisante sur le papier, ne résiste pas à l’analyse : les égyptologues s’accordent à dire que les substances utilisées pour l’embaumement n’étaient pas des huiles végétales mais des résines et des bitumes, peu susceptibles de produire du cyanure.
Les torches du tombeau de Toutankhamon auraient été imprégnées d’arsenic. Une fois allumées, elles auraient libéré des vapeurs toxiques responsables de la mort des archéologues. Là encore, la théorie est fragile : aucun résidu d’arsenic n’a jamais été détecté sur les torches découvertes dans la tombe.
Ces hypothèses, bien que séduisantes pour les amateurs de mystère, relèvent davantage de la science-fiction que de la science rigoureuse. Elles ont toutefois le mérite de montrer que la communauté scientifique cherchait, elle aussi, à donner un sens à une série de coïncidences troublantes.
L’égyptologue Marcelle Werbrouck, une voix de la raison
Face à ce déluge d’hypothèses plus ou moins fantaisistes, une voix s’élève dans le concert médiatique. Celle de Marcelle Werbrouck, égyptologue belge de renom, qui commente, dès mars 1930, dans le journal L’Œuvre, la rumeur de la malédiction avec une lucidité remarquable :
« Je voudrais bien que l’on me dise ce qui causerait toutes ces morts. À quelle cause physique on pourrait les attribuer ? Croit-on que les tombeaux des Pharaons renferment des microbes ? Ce n’est pas possible. Il y a trop longtemps qu’ils sont fermés, ils ne contiennent plus de germes vivants. »
La scientifique poursuit sa démonstration en s’attaquant à la théorie des poisons antiques :
« Quant à un éventuel poison, il se serait évaporé ou répandu dans l’atmosphère à l’ouverture des tombeaux. »
Ses propos, empreints de bon sens et de rigueur scientifique, sont accueillis avec une certaine indifférence par une presse qui préfère les titres sensationnalistes aux analyses rationnelles. Mais ils ont le mérite d’exister et de rappeler, à ceux qui veulent l’entendre, que la science a des réponses là où la superstition invente des mythes.
Marcelle Werbrouck, en prenant position publiquement, s’inscrit dans une longue tradition d’égyptologues critiques qui, depuis Howard Carter lui-même, n’ont cessé de déconstruire la légende. Son témoignage, trop souvent oublié, mérite d’être redécouvert.
L’étrange théorie des grains de blé millénaires
Parmi les hypothèses les plus surprenantes, celle qui a circulé dans les années 1930 mérite une mention spéciale : certains scientifiques, intrigués par les récits de malédiction, auraient tenté de faire pousser des grains de blé trouvés dans les tombeaux égyptiens.
L’idée, apparemment, était de vérifier si les grains, après des millénaires d’enfouissement, conservaient des propriétés mystérieuses. L’échec de l’expérience, rapporté par Marcelle Werbrouck elle-même, a été interprété par les plus superstitieux comme une preuve supplémentaire de la malédiction :
« On a essayé de faire pousser des grains de blé trouvés dans les sépultures : on n’a pas réussi. »
Pourtant, cette expérience n’avait rien de mystérieux : les grains de blé vieux de plusieurs millénaires sont simplement trop anciens pour germer. Leur viabilité, naturellement limitée dans le temps, n’a rien à voir avec une quelconque malédiction. Mais la rumeur, une fois de plus, s’est nourrie de l’échec scientifique pour renforcer le mythe.
Les théories du virus et des moisissures
Le temps passant, d’autres hypothèses ont vu le jour, tentant d’apporter une explication biologique à la série de décès attribués à la malédiction.
En 1957, le Dr Geoffrey Dean, médecin sud-africain installé à Port Elizabeth, est intrigué par le grand nombre de pneumonies liées aux décès des personnes ayant visité le tombeau. Il émet l’hypothèse d’un virus présent dans les fientes de chauves-souris. Selon lui, les archéologues auraient inhalé des particules contaminées en pénétrant dans la tombe, développant une infection pulmonaire mortelle.
Cette théorie, séduisante sur le plan médical, se heurte à un obstacle majeur : nulle trace de fientes de chauves-souris n’a jamais été documentée dans la tombe de Toutankhamon. Le tombeau, hermétiquement fermé depuis des millénaires, n’aurait pas permis à des animaux d’y pénétrer et d’y laisser des déjections. Le Dr Dean, malgré toute sa bonne volonté, s’est fourvoyé.
En 1985, le Dr Caroline Stenger-Philipp propose une autre explication : les vivres enfermés avec le pharaon dans le tombeau auraient, en se décomposant, produit des moisissures. Ces champignons microscopiques auraient formé des particules de poussière organique très allergènes, déclenchant des réactions pulmonaires fatales chez les archéologues.
Là encore, la théorie est séduisante, mais elle est rapidement battue en brèche par les spécialistes : il n’existe pas de germe ou de champignon capable de résister aussi longtemps dans un lieu clos. Les vivres placés dans les tombeaux égyptiens, souvent des viandes et des céréales, se sont depuis longtemps décomposés sans laisser de traces pathogènes.
Ces théories successives, bien que respectables dans leur intention de fournir une explication rationnelle, illustrent la difficulté de la science à répondre à des questions posées par une légende qui échappe aux critères de la méthode expérimentale.
Face à ces théories parfois farfelues, les égyptologues contemporains ont apporté des réponses bien plus solides. Les « morts mystérieuses » attribuées à la malédiction s’expliquent, en réalité, par des causes parfaitement rationnelles : maladies, infections, espérance de vie de l’époque, accidents et coïncidences statistiques. C’est ce que nous allons voir dans la section suivante : « De simples coïncidences ? »
La vérité scientifique sur les morts mystérieuses
Après avoir passé en revue les théories parfois farfelues des scientifiques des années 1930 à 1980, il est temps de s’intéresser aux explications les plus solides, celles qui, aujourd’hui, font consensus parmi les égyptologues et les historiens de la médecine.
Car si la malédiction des pharaons a fait couler beaucoup d’encre et a terrorisé une partie de l’opinion publique, les morts mystérieuses attribuées à la vengeance du jeune roi égyptien trouvent, en réalité, des explications parfaitement rationnelles. Maladies, infections, espérance de vie, accidents et simples coïncidences statistiques : la science a depuis longtemps démystifié ce que la presse sensationnaliste avait présenté comme un phénomène surnaturel.
L’égyptologue Marc Gabolde, spécialiste mondial de Toutankhamon, a mené un travail minutieux sur la liste des prétendues victimes de la malédiction. Ses conclusions, publiées dans son ouvrage consacré au pharaon, sont sans appel : la malédiction n’est qu’une construction médiatique, et les décès attribués s’expliquent par des causes naturelles.
Lord Carnarvon, une santé fragile et une infection fatale
Le cas le plus célèbre de la malédiction, la mort de Lord Carnarvon, est aussi le plus facile à expliquer médicalement. Loin d’être victime d’une vengeance divine, le mécène de l’expédition a succombé à une cause parfaitement identifiée.
Lord Carnarvon, âgé de 56 ans, souffrait d’une santé déjà fragile. Des années plus tôt, il avait été victime d’un grave accident de voiture qui l’avait affaibli durablement. Ses poumons, en particulier, étaient vulnérables.
En avril 1923, il est piqué par un moustique. La piqûre s’infecte, probablement après qu’il s’est coupé en se rasant. L’infection se propage, provoquant une septicémie foudroyante doublée d’une pneumonie. Dans les années 1920, avant l’ère des antibiotiques, une telle infection était souvent mortelle, même pour une personne en bonne santé. Pour un homme affaibli comme Carnarvon, elle fut fatale.
« Lord Carnarvon a tout simplement succombé à une septicémie provoquée par une piqûre de moustique infectée. Rien de surnaturel là-dedans. »
— Marc Gabolde, égyptologue, spécialiste de Toutankhamon.
La mort de Carnarvon, aussi tragique soit-elle, n’est donc ni mystérieuse ni inexplicable. Elle est le triste aboutissement d’une chaîne d’événements médicaux malheureux, dont la coïncidence avec l’ouverture du tombeau a fait le reste.
Arthur Mace, une exposition professionnelle mortelle
Arthur Mace, l’archéologue qui avait abattu le mur du tombeau pour y pénétrer, est un autre cas souvent cité par les partisans de la malédiction. Son décès « mystérieux » à l’âge de 54 ans est, lui aussi, parfaitement explicable.
Selon Marc Gabolde, Mace avait été exposé, plusieurs années avant la découverte du tombeau, à des conditions de travail particulièrement dangereuses. En 1921, sur le site de Licht, il avait été intoxiqué par des poussières minérales mélangées à des débris de bois, des fragments de momies et des fientes de chauves-souris.
Ces particules, inhalées pendant ses fouilles, avaient endommagé ses poumons de manière irréversible. Howard Carter lui-même témoigne de la lente dégradation de la santé de son collaborateur et de ses difficultés respiratoires croissantes.
Mace n’a donc pas été victime de la malédiction. Il a succombé à une maladie professionnelle, courante chez les archéologues de l’époque, qui travaillaient sans protection adéquate dans des environnements poussiéreux et parfois contaminés.
« Arthur Mace, l’archéologue qui avait abattu le mur du tombeau, décédé ‘mystérieusement’ à 54 ans, avait en réalité été intoxiqué, en 1921 à Licht, par des poussières minérales additionnées de bois, débris de momies, fientes de chauves-souris. »*
— Marc Gabolde, Toutankhamon, Pygmalion, 2015.
Une mortalité « tristement normale » selon Marc Gabolde
Au-delà de ces cas individuels, Marc Gabolde a mené une analyse statistique de l’ensemble des décès attribués à la malédiction. Ses résultats sont éloquents.
L’âge moyen des personnes recensées comme « victimes » de la malédiction est de 52,4 ans. Or, à la période 1920-1923, l’espérance de vie des hommes en France était exactement de… 52,4 ans. La même dans de nombreux pays européens.
« On est dans une mortalité tristement normale en regard du nombre de visiteurs du tombeau. »
— Marc Gabolde.
En d’autres termes, les personnes qui ont visité le tombeau ou qui ont participé à l’expédition n’ont pas connu une mortalité plus élevée que la moyenne de leur époque. Elles sont simplement mortes au même âge que leurs contemporains. La « malédiction » n’a fait que rendre visible une mortalité qui, dans le contexte de l’entre-deux-guerres, était déjà très élevée.
Gabolde ajoute, avec une ironie mordante, que cette malédiction est à la fois « paresseuse » et « misogyne » :
- Paresseuse : elle n’a frappé que très peu de personnes parmi les dizaines de visiteurs du tombeau, épargnant la grande majorité des « profanateurs ».
- Misogyne : des trois premières personnes à avoir pénétré dans le tombeau, une seule a succombé rapidement : Lord Carnarvon. Les deux autres, dont la fille de Carnarvon, Lady Evelyn Beauchamp, ont vécu jusqu’à un âge avancé.
Des « victimes » qui n’avaient jamais approché le tombeau
L’un des arguments les plus solides pour déconstruire la malédiction est celui-ci : certaines personnes faisant partie de la « liste des victimes de la malédiction » n’avaient jamais approché, ni de près ni de loin, le tombeau de Toutankhamon.
C’est le cas, notamment, de l’infirmière de Lord Carnarvon. Jamais elle n’a mis les pieds en Égypte, jamais elle n’a vu le tombeau, jamais elle n’a touché à une momie. Mais elle est décédée, et sa mort a été attribuée à la malédiction par la presse.
Ce simple fait suffit à démontrer que la liste des victimes était une construction arbitraire. La presse recensait tous les décès survenus chez des personnes ayant un lien, même ténu ou imaginaire, avec l’expédition. Un ancien ami de Carnarvon, un cousin éloigné, un domestique, un collègue de travail : tous étaient susceptibles d’être présentés comme des victimes de la malédiction.
Cette méthode, bien connue des historiens des fake news, consiste à créer une corrélation illusoire en reliant deux événements qui n’ont aucun lien de cause à effet. Les décès étaient nombreux dans les années 1920, comme à toute époque. Mais la presse a choisi de ne retenir que ceux qui pouvaient être, de près ou de loin, associés au tombeau de Toutankhamon. Les autres, beaucoup plus nombreux, ont été ignorés.
À retenir : La malédiction des pharaons n’est pas une réalité historique ou scientifique. C’est une construction médiatique qui a utilisé les biais cognitifs du public pour imposer un récit sensationnel. Les faits, eux, sont têtus : les prétendues victimes sont mortes de causes naturelles, d’accidents ou de maladies, et leur espérance de vie ne diffère pas de celle de leurs contemporains.
Si les explications scientifiques sont claires et convaincantes, elles n’ont pas empêché la légende de prospérer. Et si la malédiction a fait des victimes, elle a surtout épargné une grande partie des protagonistes de la découverte. Howard Carter, lui-même, a survécu douze ans à l’ouverture du tombeau avant de succomber à un cancer. C’est à ces survivants de la malédiction que nous allons maintenant nous intéresser.
Les survivants de la malédiction de Toutankhamon
Après avoir démontré que les prétendues victimes de la malédiction sont mortes de causes naturelles, que leur espérance de vie était conforme à celle de leurs contemporains, et que certaines n’avaient même jamais approché le tombeau, il est temps de s’intéresser à ceux qui ont survécu.
Car si la malédiction avait vraiment existé, elle aurait dû frapper sans discrimination tous ceux qui ont pénétré dans la tombe de Toutankhamon. Or, la grande majorité des protagonistes de la découverte ont vécu longtemps, parfois très longtemps, bien au-delà de l’espérance de vie de leur époque.
Howard Carter lui-même, l’homme qui a ouvert le tombeau et perturbé le repos du pharaon, a survécu douze ans à sa découverte et n’a jamais cru un seul instant à la malédiction. Sa longévité, comme celle de nombreux autres acteurs de l’expédition, constitue la preuve la plus éclatante de la supercherie.
Howard Carter, le survivant
Howard Carter, l’archéologue britannique qui a découvert le tombeau de Toutankhamon, est sans doute le plus célèbre des survivants de la prétendue malédiction. Il a survécu douze ans à l’ouverture du tombeau, de 1922 à 1939, avant de succomber à un cancer à l’âge de 64 ans.
Pendant toutes ces années, Carter n’a cessé de dénoncer la supercherie. Interrogé à de multiples reprises sur la malédiction, il répondait avec un mélange de dédain et d’humour :
« Toute personne saine d’esprit devrait balayer de telles inventions avec dédain. »
L’archéologue ne se soucia jamais du millénaire anathème. Il poursuivit ses travaux, inventoria les 5 398 objets du tombeau, et contribua à faire de Toutankhamon le pharaon le plus célèbre de l’histoire. Sa mort, survenue en 1939, n’a rien de mystérieux : elle est due à un cancer, une maladie courante qui n’a pas attendu la malédiction pour frapper.
Si la malédiction avait vraiment existé, c’est Carter qui en aurait été la première victime. Il a ouvert le tombeau, il a touché les objets sacrés, il a déplacé les trésors du pharaon. Pourtant, il a survécu plus d’une décennie et a pu mener à bien son travail d’inventaire. La malédiction, visiblement, était d’une redoutable… inefficacité.
Lady Evelyn Beauchamp et les premiers visiteurs
Lady Evelyn Beauchamp, fille de Lord Carnarvon, est l’une des trois premières personnes à avoir pénétré dans le tombeau de Toutankhamon aux côtés de son père et de Howard Carter. Elle était présente lors de l’ouverture de l’antichambre, le 26 novembre 1922, et a été l’une des premières à contempler les trésors du jeune pharaon.

Si la malédiction avait existé, elle aurait dû frapper Lady Evelyn avec la même violence que son père. Pourtant, elle a survécu jusqu’en 1980, à l’âge vénérable de 79 ans. Sa longévité contredit de manière éclatante la thèse de la vengeance divine.
Ce constat a conduit Marc Gabolde à qualifier la malédiction de « misogyne » : elle aurait frappé un homme (Lord Carnarvon) mais épargné sa fille, qui faisait pourtant partie du même groupe de « profanateurs ». Une bien étrange sélectivité pour une prétendue punition divine !
Les scientifiques et conservateurs qui ont vécu vieux
Les survivants de la malédiction ne se limitent pas à Howard Carter et Lady Evelyn. De nombreux scientifiques, conservateurs et archéologues impliqués dans l’expédition ont vécu jusqu’à un âge avancé, défiant toutes les prédictions des partisans de la malédiction.
| Nom | Rôle | Âge au décès |
|---|---|---|
| Alan Gardiner | Égyptologue, a étudié les inscriptions du tombeau | 84 ans |
| Harold Plenderleith | Conservateur, a participé à la conservation des objets | 99 ans |
| Douglas Derry | Médecin légiste, a procédé à l’autopsie de la momie de Toutankhamon | 87 ans |
Ces trois exemples sont particulièrement éloquents :
- Alan Gardiner, l’un des plus grands égyptologues de son époque, a passé des heures à déchiffrer les inscriptions du tombeau. Si la malédiction avait visé ceux qui ont « profané » les textes sacrés, il aurait dû être frappé. Il est mort à 84 ans, une longévité exceptionnelle pour l’époque.
- Harold Plenderleith, conservateur au British Museum, a participé à la conservation et à la restauration des milliers d’objets découverts dans le tombeau. Il a manipulé des centaines d’artefacts, touché aux objets les plus intimes du pharaon. Il est mort à 99 ans, un âge qui défie toute logique surnaturelle.
- Douglas Derry, le médecin légiste chargé d’autopsier la momie de Toutankhamon, est sans doute celui qui a eu le contact le plus intime avec le pharaon. Il a déroulé les bandelettes, examiné le corps, sectionné les tissus. Si une malédiction devait frapper quelqu’un, c’était bien lui. Pourtant, il a vécu jusqu’à 87 ans.
« Si la momie du pharaon avait de mauvaises intentions, on peut imaginer que le bon docteur au bistouri aurait été le premier à en faire les frais ! »
Des visiteurs illustres et leur longévité
La longévité des survivants ne se limite pas aux archéologues et aux scientifiques. De nombreuses personnalités du monde entier ont visité le tombeau de Toutankhamon et ont vécu jusqu’à un âge avancé.
- La reine Élisabeth de Belgique a visité le tombeau dans les années qui ont suivi la découverte. Elle est décédée en 1965, à l’âge de 89 ans, paisiblement, sans avoir été victime d’aucune malédiction.
- Le prince Léopold, membre de la famille royale belge, a également visité le site. Il est décédé dans les années 1980, à un âge tout aussi respectable.
- Des centaines de visiteurs anonymes, touristes, journalistes, diplomates, ont pénétré dans le tombeau au fil des décennies. Aucune statistique ne montre une surmortalité parmi eux.
Ce constat est simple : si la malédiction avait existé, elle aurait dû frapper des milliers de personnes. Elle n’a frappé qu’une poignée, toutes mortes de causes naturelles, et a épargné des dizaines de survivants. La seule conclusion rationnelle est qu’elle n’a jamais existé.
La seule véritable victime de la malédiction…
Alors, si la malédiction des pharaons n’a jamais existé, peut-on identifier une véritable victime ? Une seule, peut-être, mérite ce triste titre : le canari apprivoisé de Howard Carter.
Ce petit oiseau, que l’archéologue affectionnait particulièrement, a été dévoré par un cobra le jour même de l’ouverture du tombeau. Un événement que la main-d’œuvre locale a immédiatement interprété comme un funeste présage.
Le canari, lui, n’a pas eu la chance de survivre. Il est la seule véritable victime de cette affaire. Mais son malheur n’avait rien de surnaturel : dans la Vallée des Rois, les cobras sont nombreux, et un petit oiseau en cage est une proie facile. Le canari n’a pas été victime de la malédiction, mais d’un simple prédateur.
C’est avec ironie que l’on peut conclure :
« Peut-être que la malédiction, finalement, n’a fait qu’une seule véritable victime : l’infortuné canari apprivoisé de Howard Carter ! »
La démonstration est faite : la malédiction de Toutankhamon n’est qu’une construction médiatique, une légende urbaine qui a traversé les décennies et les technologies. Pourtant, elle continue de fasciner. Elle a inspiré des films, des livres, des documentaires. Elle est ancrée dans notre imaginaire collectif. Même si la science a démystifié certains aspects, l’idée d’une puissance mystique liée à la momie du pharaon continue de susciter fascination et curiosité, à l’ère de la technologie et de la rationalité.

Crédit : Universal-International Pictures / Hammer Film Productions
Conclusion : une malédiction bien vivante… dans nos imaginaires
La malédiction de Toutankhamon n’est pas une réalité historique. C’est une construction médiatique, une « fake news » avant l’heure, savamment entretenue par une presse en quête de sensationnel et un public avide de mystère. Lord Carnarvon est mort d’une septicémie, Arthur Mace d’une intoxication professionnelle, et les autres prétendues victimes ont succombé à des causes parfaitement naturelles. Marc Gabolde, l’un des plus grands spécialistes de Toutankhamon, le résume avec lucidité :
« On est dans une mortalité tristement normale en regard du nombre de visiteurs du tombeau. »
Pourtant, la légende continue de fasciner. Elle est une porte d’entrée vers l’Égypte ancienne, un frisson d’inexpliqué, un rappel que l’univers recèle encore des mystères. Elle est aussi la preuve que les fake news et les biais cognitifs ne sont pas une invention de notre époque : ils existent depuis que les hommes racontent des histoires.
Alors, que vous croyiez ou non à la malédiction des pharaons, une chose est sûre : le tombeau de Toutankhamon mérite le détour. À Louxor, les guides locaux racontent encore cette légende avec passion, et les visiteurs du monde entier continuent de s’interroger en pénétrant dans la Vallée des Rois. La seule malédiction que vous risquez, c’est de tomber amoureux de cette terre millénaire !
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Sources : quelques références pour aller pour aller
- L’Egypte ancienne – Vérités et légendes, Florence Quentin, Perrin, 2022
- Toutankhamon, Marc Gabolde, Pygmalion, 2015
- Carter, H. The Tomb of Tutankamun. Dutton & Company, 1972.
- Hawass, Z. The Golden King: The World of Tutankhamun. National Geographic, 2006.
- Horror History: Mummies in the Movies by John Metro, accessed 2 May 2017.
- Robson, D. Monsters and Mythical Creatures: The Mummy. Referencepoint Press, 2012.
- The Curse of the Curse of the Pharaohs by David P. Silverman.
- https://www.retronews.fr/edito/la-malediction-de-toutankhamon
- https://lesgeneralistes-csmf.fr/2019/04/05/histoire-la-malediction-de-toutankhamon-dissequee-par-la-medecine/
- Historica Graphica Collection/Heritage Images/Getty Images